Quand la bise fut venue… #cigaletech

  • Jean-David Chamboredon

    Co-Président de France Digitale

Depuis début 2018, j’alerte entrepreneurs, investisseurs et pouvoirs publics sur la fragilité de la chaîne de financement de la French Tech en cas de retournement de cycle… Très dépendante des investisseurs internationaux et des grands « corporates », cette chaîne manque cruellement d’investisseurs institutionnels domestiques « longs ». Au premiers frimas du prochain hiver économique, notre écosystème se retrouvera en string ficelle ce qui n’est pas la tenue idéale pour traverser une telle période !

En tant que co-président de France Digitale, j’espérais beaucoup de la loi Pacte. J’osais espérer que, pour la première fois depuis le septennat de Jacques Chirac, une véritable réforme de l’assurance-vie prenne place permettant une allocation décente de cet immense bassin d’épargne vers le non-côté et le capital-risque en particulier. En fait, comme Bruno Lemaire l’a indiqué, il n’y aura pas de « big bang » de l’assurance-vie fort difficile à imposer à des assureurs et épargnants très conservateurs dans leur grande majorité. En réalité, la loi de finances 2018 ayant mis en place le PFU (« flat tax ») au-dessus d’un certain plafond et non en fonction de la nature des contrats (maturité, garantie de capital) avait déjà rendu incohérente une véritable réforme permettant une vraie transformation des 1200 milliards de fonds euros totalement inadéquats pour financer l’économie réelle. Des éléments positifs sur les fonds Eurocroissance et l’éligibilité du capital-investissement dans des contrats en UC figurent bien dans le projet de loi Pacte mais rien qui, malheureusement, ne soit à la hauteur des enjeux…

Le gouvernement a fait un autre choix. Ce choix consiste à homogénéiser et rendre portable l’épargne-retraite (Perco, art.83, Madelin, PERP qui pèsent ensemble environ 200 milliards essentiellement placés en fonds euros). Le message envoyé aux Français est que l’assurance-vie n’est pas le meilleur outil pour préparer sa retraite et qu’une « retraite supplémentaire » peut être constituée en profitant d’une fiscalité attrayante (je déduis les versements de mes revenus actuels et je diffère leur imposition à ma retraite). L’épargne-retraite doit devenir une vraie alternative à l’assurance-vie et le projet de loi prévoit d’ailleurs que les assureurs seront mis en concurrence avec des gestionnaires d’actifs qui sauront peut-être trouver un meilleur rendement net à cette épargne à maturité longue notamment en l’affectant pour une portion non congrue à des actifs moins liquides mais plus rentables (comme le capital-investissement)… Stratégiquement juste, cette réforme devrait avoir des effets favorables sur notre écosystème à moyen terme (5 voire 10 ans). Le dress-code restera le string ficelle d’ici là ! Gla-gla !

Avant d’avoir les mains gelées, France Digitale ne baisse cependant pas les bras. Nous avons soumis au gouvernement un projet visant la mise en place de « fonds de fonds retail ». L’idée est de permettre à chaque épargnant qui souhaite investir dans l’économie réelle et les sociétés de croissance en particulier de pouvoir le faire au travers de fonds de fonds et d’avoir ainsi accès indirectement aux meilleurs fonds professionnels de capital-investissement réservés réglementairement aux investisseurs avertis. Ces investissements seraient compatibles des principales niches fiscales existantes (IR-PME, PEA-PME, Assurance-vie, PERP…), offriraient un rendement mutualisé sur différents fonds sous-jacents (nature et vintage) et garantiraient une liquidité à horizon 8 à 12 ans. L’idée n’est pas nouvelle. Ce qui est difficile, c’est de lancer la machine… Pour l’instant, Bercy se dit « intrigué avec réserves » quand quelques députés LREM se montrent très motivés à tricoter cette petite laine nous permettant d’éviter l’hypothermie… A suivre donc.

Autre piste intéressante, annoncée à Vivatech par Mounir Mahjoubi, la mise en place par BPIFrance de « venture loans » de taille significative. Cet instrument nouveau en France devrait, à minima, permettre à certaines « deep techs » ou « scale-ups » en mal de refinancement par de nouveaux investisseurs de rester offensives. En cas de retournement du marché, elles devraient être nombreuses… En conjonction avec les investisseurs déjà actionnaires, BPIFrance pourrait ainsi offrir une solution de financement pas (ou très peu) dilutive permettant à ces sociétés de passer l’hiver et d’en sortir renforcées au lieu de sombrer dans le cycle malthusien de la pénurie de « cash » entraînant réduction des efforts R&D ou des moyens de développement du business. Le produit étant fondamentalement un produit de dette à fort rendement, on peut même imaginer l’émergence de nouveaux acteurs souhaitant, à l’instar de BPIFrance, offrir ce type de financement. Sans doute ne cibleront-ils eux que les profils les moins risqués !

Le nombre de trimestres restants d’exubérance telle que celle que notre écosystème connaît aujourd’hui m’est inconnu. Il se compte, sans doute, sur les doigts de mes deux mains (encore chaudes) voire d’une seule !

Les 18 premiers mois du quinquennat Macron auront été marqués par des réformes positives « à large spectre ». Espérons que les mois à venir nous permettront aussi de devenir plus percutants et décisifs quant aux enjeux de la « start-up nation » que nous souhaitons bâtir !