Faut-il des femmes résiliantes pour faire de bonnes entrepreneures ?

  • par Rachel Delacour

    Co-Présidente de France Digitale

Donnons d’abord la parole à l’entrepreneuriat, investissons dans l’opportunité qu’est le digital et la diversité suivra.


L’accélération est possible. Je ne crois pas à « l’entreprenariat au féminin”. Ce “au” entre deux n’a aucun sens. Il n’y a pas un genre de l’entrepreneuriat. La frustration qui génère l’idée d’entreprendre et l’ambition pour réussir n’a pas de sexe. Je côtoie beaucoup de jeunes porteuses de projet, en phase d’amorçage, qui s’auto-censurent, consciemment ou pas, et demeurent leurs meilleures ennemies. Les jeunes porteurs aussi : le risque n’a pas de genre. /span>

Donnons d’abord la parole à l’entrepreneuriat, investissons dans l’opportunité qu’est le digital et la diversité suivra.

Je ne me suis pas posée la question de ma légitimité en devenant PDG de mon entreprise. Etre PDG d’une startup de deux personnes pose d’autres questions, qui font rire aussi. Pour mon cofondateur et moi-même, c’était une force évidente : notre industrie logicielle, nos concurrents, nos partenaires même nos clients nous faisaient évoluer dans un univers nord-américain, particulièrement masculin, au profil plutôt âgé.

Quand vous n’avez pas encore de produit à montrer, qu’il vous faut convaincre et capter un maximum d’attention pour parler de votre vision, ou chercher un peu d’argent, il faut lever la main particulièrement haut pour sortir du lot. Vos messages d’approche sont très peu lus, mais votre profil l’est.

Etre une jeune femme dans ce milieu du logiciel d’analyse de données m’a permis d’attiser la curiosité de mes interlocuteurs, de déconstruire des stéréotypes et d’avoir ouvert je l’espère une voie supplémentaire pour de futures entrepreneures.

Faut-il des femmes particulièrement résiliantes pour faire de bons leaders, de bonnes entrepreneures ? Aucun business ne devient viable sans ténacité. Qu’il soit porté par un homme ou une femme. Mais quand cela fonctionne, personne ne peut vous l’enlever : cela vous est en partie dû. Et vous permettez l’amélioration des statistiques…pour que d’autres s’en inspirent.

Les histoires à succès de femmes entrepreneures existent mais les femmes entrepreneures, leaders sont sous-représentées. L’organisation Jamais Sans Elle l’indiquait récemment : en 2017, sur les 1 000 personnalités les plus médiatisées dans la presse écrite en France, moins de 17% étaient des femmes et moins de 2% représentaient la catégorie business. Nous avons tous la responsabilité de donner la parole à plus de diversité. La diversité crée les idées.

La formation dès le plus jeune âge aux métiers des technologies numériques et à l’entrepreneuriat sera un moyen de corriger positivement ces statistiques : chez France Digitale, nous avons invité le Ministre de l’Éducation nationale à créer un Bac N comme numérique. Nous avons obtenu l’intégration de majeures “Numériques” dans le cadre de la réforme. Plus de numérique, plus tôt, est un pas vers plus d’inclusion. Sensibiliser des groupes beaucoup plus larges d’étudiants permettra d’équilibrer les statistiques.

Rappelons que les mathématiques, l’informatique, le numérique et l’entrepreneuriat n’ont pas de genre. Les petites filles ont le droit, et doivent avoir les moyens par l’éducation, de se rêver et d’être ingénieurs ou entrepreneures. Cette future génération regardera alors nos statistiques en matière de parité avec étonnement et certainement, consternation.

 

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