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  • Démocratisons l’économie française

(Tribune initialement publiée le 28.03.2014 dans lemonde.fr )

Amazon, Facebook, Gilead Science, Google ont tous moins de trente ans alors que l’âge moyen des entreprises du CAC 40 est de 101 ans ! Le monde économique vit une période de mutation profonde entre transition numérique, mondialisation et innovation. Quand un environnement change aussi drastiquement, il n’y a pas d’autre choix que de s’adapter.

Seulement voilà, les entreprises qui fonctionnaient parfaitement dans l’ancien environnement s’y sont tellement adaptées qu’elles sont mal armées pour le nouveau. Les recettes et le mode d’organisation qui ont fait leur succès sont inscrits dans leurs gènes : elles ont beaucoup de mal à s’en débarrasser quand ils deviennent obsolètes.

On peut penser à un cycle biologique, où les anciennes espèces qui ne se sont pas adaptées sont supplantées par des nouvelles, qui passaient jusque-là dans l’ombre des géants mais qui se révèlent plus agiles, mieux en mesure de s’adapter aux transformations de l’environnement.

Pour préparer l’avenir, pour que la France sorte gagnante de ce grand chambardement, il faut donc encourager les jeunes entreprises, agiles et adaptatives, afin qu’elles deviennent les Google ou Gilead Science de demain, et encourager les industries en place à se réinventer à leurs côtés.

C’est aujourd’hui que se définissent les axes de la politique économique de la fin du quinquennat, dans le cadre  des discussions autour du Pacte de responsabilité. Il est indispensable que les choix faits dessinent une politique économique qui contribue résolument à la création d’un écosystème français dynamique, international, innovant, puissant et connecté. Qui offre un travail d’avenir à nos jeunes. Et qui facilite la transition du bassin d’emploi d’un environnement à l’autre. D’un siècle à l’autre.

QUATRE CHANTIERS CRUCIAUX

Cet écosystème existe à l’état embryonnaire aujourd’hui. C’est un tissu d’entreprises, jeunes et innovantes, solidaires et ambitieuses, actives dans tous types de secteurs. Certaines, comme Criteo, startup française fondée en 2005 sur un nouveau modèle publicitaire en ligne et aujourd’hui cotée au Nasdaq pour près de 2 milliards d’euros, ont même déjà démontré leur capacité à construire un leader international dans leur secteur.

Afin d’en faire le pilier de la reconstruction économique française, il faut assumer pleinement une politique en faveur de l’entrepreneuriat et de l’innovation à l’instar de ce que le président de la République a commencé à esquisser lors des Assises de l’entrepreneuriat et plus récemment lors de son voyage dans la Silicon Valley.

En plus de l’amplification des actions déjà initiées en faveur de la sensibilisation des jeunes (et de l’ensemble de la population française !) à l’entrepreneuriat et au numérique, citons notamment quatre chantiers cruciaux.

Favoriser le partage Les startups induisent un nouveau modèle d’entreprise, fondée sur le partage. Un partage à la fois des responsabilités avec des chaînes hiérarchiques plus courtes, des compétences avec une formation en continu pour rendre les équipes performantes et aptes aux nouveaux enjeux, mais surtout un partage du risque et de la valeur créée entre fondateurs, dirigeants, salariés et investisseurs.

Les résultats du baromètre France Digitale l’illustrent bien : le salaire du dirigeant est en moyenne 2,7 fois supérieur à celui de ses salariés dans les startups (alors que l’écart salarial entre grands patrons et salariés français est de 104 en moyenne !) ; 81% d’entre elles distribuent des titres d’accès au capital à un tiers de leurs salariés en moyenne.

Ce modèle social est nouveau et vient casser les anciens schémas managériaux. Mais il faut revoir le cadre juridique et la fiscalité applicables, notamment à l’actionnariat salarié, qui n’y sont pas adaptés.

Risquer pour bâtir un avenir Afin de croître dans une économie internationale en mutation, il est essentiel pour les entreprises d’investir et d’innover. Or les PME françaises souffrent d’un déficit patent de fonds propres : 92% du financement des PME françaises se fait par la dette alors que 80% du financement des PME aux Etats-Unis se fait par recours au capital. Cela s’explique principalement par la fiscalité de l’épargne qui est « à l’envers ».

En effet, elle privilégie les investissements liquides et sans risques (assurance-vie ou livrets qui rassemblent à eux seuls 1,75 milliards d’euros) au lieu de privilégier l’investissement dans l’économie réelle, en particulier dans les jeunes entreprises où l’investissement est illiquide, long-terme et risqué (le PEA ne rassemble que 118 milliards d’euros, dont la quasi-totalité est destiné aux grands groupes cotés !).

Dit autrement, l’argent est un moyen et non une fin : il faut encourager les épargnants à en risquer une partie pour un avenir à bâtir ensemble plutôt qu’à le sauvegarder via des mesures de thésaurisation. Donner à tous, les moyens d’innover et d’entreprendre passera par une réorientation de l’épargne des français vers l’économie réelle.

Lisser les effets de seuil
La France est championne du monde des entreprises bloquées au seuil de 49 personnes car le cadre juridique et fiscal segmente les entreprises en fonction d’une multiplicité de critères, dont la taille, et introduit des barrières à l’embauche et à la croissance. Il est essentiel de repenser le code du travail, la fiscalité et les contraintes juridiques et réglementaires à l’aune d’un continuum de croissance et d’une plus grande équité. L’ascenseur économique doit être restauré pour tous.

Penser l’attractivité française
L’heure est à la mondialisation ; la mutation numérique accentue encore plus l’internationalisation économique déjà en cours. Il est donc urgent de repenser la fiscalité, les contraintes administratives et plus généralement le cadre juridique français au regard des standards internationaux. La France n’a pas d’autre choix que d’être attractive dans ces domaines pour avoir une chance que les prochains champions choisissent en toute liberté de démarrer dans notre pays.

Cette politique de remise à plat et d’accès aux leviers du capital et du pouvoir serait une réelle démocratisation économique. Elle permettrait de reconstituer l’ascenseur social et économique de la France, de répartir le pouvoir plus largement dans le pays, et au sein même de ses entreprises.

Sont signataires de ce texte : Eric Carreel (président de Withings, Sculpteo et Invoxia), Jean-David Chamboredon (président-exécutif d’ISAI Gestion), André Choulika (fondateur et PDG de Cellectis), Marie Ekeland (associée chez Elaia Partners, co-présidente de France Digitale), Philippe Hayat (fondateur de 100 000 entrepreneurs, associé chez Serena Capital), Ludovic Le Moan (PDG de Sigfox, président de la TIC Valley), Sacha Loiseau (fondateur et DG de Mauna Kea Technologies, membre fondateur d’InnoTechMed), Denis Lucquin (associé chez Sofinnova Partners, membre du conseil d’administration de PME Finance), Olivier Mathiot (co-fondateur de PriceMinister, co-président de France Digitale), Frédéric Mazzella (fondateur et PDG de BlaBlaCar), Margaret Milan, (fondatrice d’Eveil et Jeux), Augustin Paluel-Marmont et Michel de Rovira (fondateurs de Michel et Augustin Jean-François Rial (PDG de Voyageurs du Monde), Sophie Vermeille (présidente de Droit et Croissance) 

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