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  • Inscrire l’entrepreneuriat dans le système éducatif français

Pour donner aux Français l’envie et les moyens d’entreprendre, le gouvernement envisage la création d’une école de l’entrepreneuriat. Un appel à contributions est a été lancé en ligne pour en définir la mission et les moyens pédagogiques.

 

L’entrepreneuriat peut-il s’apprendre à l’école ? Fleur Pellerin, la ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et au Numérique, en est persuadée et propose la création d’une école de l’entrepreneuriat. Elle vient d’ailleurs de lancer un appel à contributions en ligne qui devrait lui permettre d’en préciser prochainement le cadre. Cette initiative s’inscrit en parallèle d’un plan de trois mesures présenté la semaine dernière par la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, en faveur de l’entrepreneuriat féminin. Ce dernier, annoncé en présence, notamment, de Fleur Pellerin, inclut en particulier une sensibilisation, dès le collège et jusqu’à l’enseignement supérieur, à la création d’entreprise.

 

Former des entrepreneurs capables de créer de l’emploi

La France manquerait-elle d’entrepreneurs ? Avec près de 330 000 entreprises créées, selon l’Agence pour la création d’entreprises (APCE), sur les sept premiers mois de l’année, elle n’est pourtant pas en panne. Tout au plus, ce chiffre enregistre-t-il une baisse d’environ 3 % par rapport à la même période de 2012, en raison principalement d’une chute d’environ 12 % de l’aut-entrepreneuriat (qui représente un peu plus de la moitié des immatriculations).

La France est toutefois en déficit d’entreprises qui continuent à se développer, et donc qui embauchent. Ce que confirme le baromètre annuel d’Ernst & Young sur l’entrepreneuriat au sein du G20 : autant il est facile de monter une entreprise en France, autant il est difficile de la gérer. L’étude pointe en particulier la complexité de la fiscalité des sociétés et de l’accès aux ressources de financement dans l’Hexagone. A cela s’ajoute le fait que les choix réalisés au départ quant aux statuts juridiques et sociaux et au régime d’imposition ne peuvent la plupart du temps être modifiés. Une hérésie, alors que les marchés et la législation évoluent.

 

Fédérer des initiatives existantes sur une plateforme dématérialisée

Dans son souci d’enrayer la peur de l’initiative et de faciliter l’accession au statut de patron créateur d’emplois, Fleur Pellerin imagine donc une école qui fournirait à tout un chacun (particulièrement à ceux qui n’ont pas le diplôme, le temps ou les moyens pour suivre les cursus traditionnels existants) les éléments nécessaires pour se lancer et éviter certaines erreurs. Nouvelles technologies obligent, elle pourrait s’appuyer en partie sur une plate-forme dématérialisée centralisant les ressources d’informations, hébergeant des cours en ligne (e-learning) et facilitant les échanges d’expériences grâce à un réseau social.

De nombreux sites « officiels » regorgent déjà d’informations concernant la création ou la reprise d’entreprise. Notamment ceux de service-public.fr, des Chambres de commerce et d’industrie et, surtout, de l’APCE. Les CCI proposent même des réunions d’information gratuites ainsi que des tables rondes avec des chefs d’entreprise, tandis que l’APCE organise des stages, payants pour la plupart. En matière de formations, le Conservatoire des arts et métiers s’appuie sur un catalogue grandissant de modules de FOAD (formation ouverte à distance) au format e-learning, notamment dans le domaine de la gestion d’entreprise.

En marge des ressources proposées par ces organisations reconnues, fourmillent de nombreuses initiatives plus ou moins mercantiles, dont certaines n’ont d’autre but que d’abuser les néo-entrepreneurs encore crédules. Surfant sur la vague des MOOC (Massive Open Online Course, ou cours en ligne ouvert et massif), certains sites proposent ainsi de piètres vidéos censées tenir lieu de formations en ligne. La plate-forme de la future école de l’entrepreneuriat s’inspirera plus sûrement du professionnalisme et de la qualité des MOOC proposés par l’université de Stanford (à l’origine de ce mode d’enseignement), tel celui sur la création d’une entreprise dans le secteur technologique.

 

Développer la pratique avant d’apprendre la théorie

Il n’en reste pas moins que le numérique ne remplace pas la pratique. Ainsi, la meilleure école de l’entrepreneuriat est celle qui consiste à monter sa propre entreprise. Avec le risque de se tromper… C’est sur ce principe qu’a été créée en 1993 la Team Academy au sein de l’Université de Jyväskylä en Finlande. Son modèle a été importé depuis peu au sein de l’Ecole de management Strasbourg sous le nom de Bachelor Jeune entrepreneur.

« Ce cursus de trois ans s’adresse à des étudiants de niveau bac à bac+2 que l’on fait travailler sur des projets de création. Quand ils ont besoin de cours ou de connaissances, on fait venir un spécialiste : un professeur de comptabilité, un professeur de marketing, un expert en business plan. L’enseignement suit le projet et non l’inverse », explique Michel Kalika, enseignant-chercheur à Paris-Dauphine et ancien directeur de l’Ecole de management Strasbourg.

Dans ce système, les étudiants travaillent en groupe et rencontrent potentiellement des échecs : loin d’être stigmatisés, ceux-ci font partie de l’apprentissage. A leur sortie, les étudiants sont rôdés à l’exercice de l’entrepreneuriat et disposent déjà d’un réseau dans ce domaine. Libre à eux de monter leur propre entreprise ou de rejoindre un groupe recherchant un profil de manager-entrepreneur.

Multientrepreneur et responsable des enjeux du numérique pour la France auprès de la Commission européenne, Gilles Babinet valide ce modèle scandinave de façon générale. Dans une intervention « Oser dès l’école » à l’occasion de France Digitale Day 2013, il estime qu’il sera l’un des piliers, avec les MOOC, de la révolution de l’éducation. Le même Gilles Babinet doit lancer une plate-forme d’apprentissage sur le Web pour initier les  jeunes de 8 à 16 ans au développement logiciel de type Codecademy. On suivra aussi de près 42, l’école de codeurs de Xavier Niel qui ouvre ses portes à la rentrée après une sélection drastique et originale.

 

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