
Baromètre de l'écosystème d'innovation français 2026
France
France Digitale et EY publient leur Baromètre 2026 de l’écosystème d’innovation français. Après quelques semestres difficiles , les indicateurs repartent à la hausse : la France compte désormais près de 18 000 start-up, 530 000 emplois directs et 4,58 milliards d’euros levés au premier semestre 2026. Mais derrière ces chiffres positifs, la France avance moins vite que le Royaume-Uni et l’Allemagne, et plusieurs fragilités structurelles persistent : difficultés à passer à l’échelle internationale, manque de liquidités pour financer les gros tours de table, et rachats encore trop peu nombreux pour amorcer un cycle vertueux de réinvestissement. À quelques mois de l’élection présidentielle, entrepreneurs, investisseurs, structures d’accompagnement et grands groupes placent ainsi la souveraineté technologique et le financement de l’innovation au cœur de leurs attentes pour le prochain quinquennat.
La tech française renoue avec la croissance
Après plusieurs semestres de ralentissement, les signaux économiques s’améliorent nettement. La France compte désormais près de 18 000 start-up, soit environ 1 800 entreprises supplémentaires sur la période. Cette croissance se diffuse sur l’ensemble du territoire : 56% des start-up sont aujourd’hui implantées hors d’Île-de-France.
La dynamique se retrouve également dans l’emploi. Les start-up représentent désormais 530 000 emplois directs en France, avec 30 000 créations nettes d’emplois supplémentaires en un an, soit une hausse de 6%. Et la tendance devrait se poursuivre : 78,5 % des start-up interrogées prévoient de recruter dans les douze prochains mois.
Le financement connaît lui aussi un rebond. Les start-up françaises ont levé 4,58 milliards d’euros au premier semestre 2026, contre 2,78 milliards un an plus tôt. Mais cette hausse de 65% en valeur s’accompagne d’une baisse du nombre d’opérations : 280 tours ont été réalisés, soit 10% de moins qu’au premier semestre 2025. Le ticket moyen dépasse ainsi 16 millions d’euros, signe d’une concentration croissante des capitaux autour des plus grosses opérations.
“Le premier semestre 2026 confirme le retour d’une dynamique positive du capital-risque français, concentrée sur quelques thématiques stratégiques avec les logiciels et l’intelligence artificielle qui captent l’essentiel des financements, devant les fintechs et les sciences de la vie. Pour 2026-2027, la DeepTech reste la première priorité des investisseurs, tandis que la défense et la SpaceTech progressent nettement. On peut toutefois regretter que la robotique et le quantique ne figurent pas davantage parmi les priorités : la France y dispose d’atouts reconnus et gagnerait à porter une ambition plus forte pour faire émerger les futurs champions européens de ces technologies clés”, analyse Franck Sebag, associé EY
Derrière le rebond français, le plafond de verre européen demeure
Alors que l’activité progresse en France, le chiffre d’affaires réalisé par les entreprises françaises en Europe hors France, recule de 2 %. Pour France Digitale et EY, ce décrochage illustre les difficultés persistantes rencontrées par les entreprises lorsqu’elles souhaitent se développer sur un marché européen toujours fragmenté.
Le même problème se retrouve dans le financement. 72% des fonds de capital-risque interrogés déclarent être contraints à partir de la série B, faute de moyens financiers suffisants. Le manque d’opportunités de sortie et une épargne européenne encore trop peu orientée vers le financement de l’innovation limitent la capacité des fonds à réinvestir dans les entreprises en croissance.
La reprise française reste par ailleurs moins rapide que chez ses principaux voisins. Au premier semestre 2026, le Royaume-Uni atteint 14,59 milliards d’euros de financements et l’Allemagne 5,92 milliards, contre 4,58 milliards en France. Là encore, les méga-tours jouent un rôle déterminant dans cette dynamique.
Dans ce contexte, les choix d’investissement reflètent de plus en plus directement les bouleversements géopolitiques. Dans ce contexte, les choix d’investissement reflètent de plus en plus directement les bouleversements géopolitiques. L’IA arrive en première place des secteurs privilégiés (78 % des VC investissent dans l’IA), tandis que la tendance “défense” s’affirme et croît de 6 points dans leurs stratégies d’investissement par rapport à 2025.
2027 : la souveraineté technologique devient un sujet présidentiel
À quelques mois de l’élection présidentielle, le baromètre montre un changement de priorité : la souveraineté technologique n’est plus seulement un sujet institutionnel, elle devient une préoccupation économique directe pour les entreprises.
Chez les start-up et scale-up, la dépendance croissante aux solutions étrangères arrive en tête des craintes exprimées. Lorsqu’elles sont interrogées sur les mesures à mettre en œuvre au cours du prochain quinquennat, 43% citent en priorité une commande publique plus souveraine et innovante, devant la promotion des solutions françaises et européennes (26%) et l’allègement du poids de la réglementation fiscale (20%).
Cette inquiétude est également partagée par les grands groupes. 90% de ceux interrogés considèrent désormais leur dépendance à certains fournisseurs étrangers comme un risque. Pourtant, 65% ne connaissent toujours pas la part de leurs dépenses numériques dirigée vers des fournisseurs extra-européens. Le mouvement peut néanmoins bénéficier aux acteurs européens : 76% se disent prêts à changer de fournisseur au profit d’une solution française ou européenne lorsque celle-ci présente une performance équivalente ou supérieure.
L’enjeu dépasse donc la seule capacité à faire émerger de nouvelles start-up : il porte désormais sur la capacité de la France et de l’Europe à financer leurs technologies, les acheter et leur permettre de changer d’échelle.
Maya Noël, directrice générale de France Digitale déclare : “Depuis quinze ans, la France a démontré qu’elle savait faire émerger des entreprises innovantes. Le défi du prochain quinquennat sera de leur permettre de devenir des champions. Dans un monde où la technologie est devenue un attribut de puissance économique et géopolitique, notre dépendance n’est plus un sujet théorique. Elle se mesure dans les technologies que nous finançons, dans celles que nos entreprises et nos administrations achètent et dans notre capacité à garder nos champions en Europe. La présidentielle de 2027 doit donc aussi répondre à une question : voulons-nous rester seulement un pays qui innove, ou devenir un pays capable de transformer cette innovation en puissance économique et technologique ?”
Financement, commande publique, accompagnement : les priorités du prochain quinquennat
Au-delà de la souveraineté, les réponses des différents acteurs dessinent plusieurs priorités communes pour le futur exécutif.
Les investisseurs alertent sur la difficulté à mobiliser suffisamment de capitaux européens pour accompagner les entreprises dans leurs phases de croissance. Les structures d’accompagnement, de leur côté, placent la poursuite de la baisse de leurs financements en tête de leurs craintes pour les prochaines années : 52% la citent comme principale inquiétude. Elles réclament notamment davantage d’autonomie dans les financements publics locaux, davantage de capitaux privés européens et un renforcement des partenariats entre acteurs publics et privés.
Alors même que 60% des structures interrogées déclarent aujourd’hui une situation financière solide, le baromètre fait état d’une baisse ressentie des financements publics de 31 points par rapport à 2025, faisant peser un risque à moyen terme sur un maillon essentiel à l’émergence de nouvelles entreprises innovantes.
Pour France Digitale, les neuf mois qui viennent devront donc permettre de remettre au cœur du débat public plusieurs choix structurants : orientation de l’épargne vers l’innovation, accès aux marchés de capitaux, commande publique, stabilité des dispositifs fiscaux et réglementaires, simplification administrative et création d’un environnement permettant aux entreprises françaises de grandir à l’échelle européenne.