France Digitale invite les startups et investisseurs à s’équiper pour naviguer en eaux troubles

Vague ou véritable tempête ? Éclatement d’une bulle, ou léger sursaut ? Il est trop tôt pour le dire. France Digitale invite les startups et investisseurs à s’équiper pour naviguer en eaux troubles.

 

Pour faire face aux perturbations de l’économie actuelle, les startups sont appelées à consolider leurs fondements. Un exercice récurrent depuis les épisodes similaires en 2000, 2008 et le début de la crise covid en 2020. Ensemble, investisseurs et entrepreneurs doublent de vigilance pour réviser leur politique de croissance, opérer une gestion plus raisonnée des dépenses et mener des plans de recrutements adaptés aux besoins réels. Un véritable choc brutal de paradigme qui met fin à l’ère de la recherche effrénée de croissance.

 

France Digitale vous partage ses observations, les risques et les opportunités à prendre en compte ces prochaines semaines :

Cette période de flottement ralentit les nouveaux deals. Plus question de lever des fonds en une semaine, cela pourra désormais prendre plusieurs mois et il ne faut pas encore s’en inquiéter. Avec les bouleversements économiques actuels, les investisseurs ont besoin de plus de temps pour valoriser les projets. Patience. Quand le marché atterrira, ce sera sur des multiples plus raisonnables, similaires aux multiples historiques, donc potentiellement divisés par 2 ou par 3. Il y a encore quelques mois, les valorisations des startups pouvaient s’élever à 40 fois le revenu annuel récurrent (ARR). Les premières indications montrent que nous revenons aux tendances pré-Covid et sous la barre des 10 fois. Avec ce recalage des valorisations, il faut comprendre que la tolérance du marché diminue et que les investisseurs sont plus regardants sur les projets choisis. La bonne nouvelle est que les fondamentaux demeurent : les bons projets continueront à trouver des financements.

 

Le taux de croissance n’est plus le seul juge de paix. La marge contributive, les cash flows et l’EBITDA connaissent un regain de popularité. La façon pour les investisseurs d’évaluer la solidité d’une startup et son attractivité évolue. La grille d’analyse, les indicateurs et ratios suivis par les fonds de capital risque vont changer. Il est trop tôt pour tirer des conclusions quantitatives sur les nouvelles tendances, mais l’ère de la course aux licornes pourrait bien être terminée. La nouvelle quête serait-elle celle des centaures, ces start-up qui génèrent plus de 100 millions de dollars de revenus et considérées plus durables et pérennes ? Cela demanderait un vrai changement d’état d’esprit et une capacité d’adaptation pour les VCs et les entrepreneurs.

 

Le marché freine la chasse aux talents. Les entreprises qui doivent se restructurer pour s’adapter à la nouvelle période doivent le faire le plus rapidement possible. Dans certains cas, les plans de recrutements sont revus pour se recentrer sur les besoins réels (vs anticipation de la croissance). Ce ralentissement est parfois vécu comme un soulagement par les équipes, essoufflées par la pénurie criante sur certains métiers du numérique et par la surenchère sur les salaires. Les fondateurs quant à eux y voient l’opportunité de prendre le temps de recruter des talents rares, mais aussi de retenir et fidéliser leur salariés, qui étaient jusqu’à présent sur-sollicités par des offres concurrentes. Dans cette période, la priorité doit être de préserver l’emploi, c’est pourquoi il est positif de voir le déploiement de stratégies de recrutement plus raisonnées.

 

Pour se préparer à différents scénarios économiques, augmenter sa visibilité financière peut être un atout. Nous ne connaissons pas encore l’ampleur de la correction du marché. Il n’existe pas de conseils uniformes, chaque startup est dans une situation différente et le cas par cas doit s’appliquer. Ce que nous savons est que chaque moment d’incertitude a des effets bénéfiques. Actuellement, de nombreuses startups travaillent avec leurs investisseurs à une meilleure visibilité financière sur les 6 à 18 prochains mois, certaines rallongent leur runway à 12 mois pour anticiper tout éventuel ralentissement dans les levées de fonds et réduisent les dépenses (“burn rate”), lorsque nécessaire. Si la croissance coûte trop cher en capital, un recalibrage des objectifs est évidemment nécessaire pour éviter la panne sèche. Les startups qui sauront survivre à ces remous auront de nouvelles opportunités et des débouchés en bout de course. L’agilité sera clé.

 

Notre analyse macro économique :

1. Le premier ralentissement déjà visible sur le late-stage présage un ralentissement à tous les stades de financement. Les levées de fonds en late-stage sont les premières touchées par la baisse des marchés boursiers. Chez France Digitale nous sommes extrêmement vigilants quant aux conséquences dans un deuxième temps sur les Series A, l’amorçage et le pre-seed.

2. Les nouvelles introductions en bourse doivent tirer les leçons des excès de valorisation observées sur le marché américain. L’IPO est un moment de vérité pour les entreprises, celui de la transparence financière. Les entreprises qui ont fait des introductions en bourse à prix raisonnable sont en mesure de résister, par exemple la valorisation boursière d’OVH est à ce stade peu affectée.

3. Le marché secondaire (échange de titres sans injection de trésorerie dans la société) va beaucoup changer, devenir marginal, ou voire même disparaître. “Un retour à la normale” pour certains. Car ces derniers mois ont témoigné de phénomènes exceptionnels comme la présence du secondaire dès les séries A. Nous sommes convaincus que le secondaire ne se fera plus aussi tôt, ni aux mêmes conditions. Avec moins de cash-out possible pour les business angels, cela aura un impact évident sur les levées en seed / pre-seed.

4. Les fonds cross-over (côtés et non-cotés) remettent en question leur stratégie. Coatue et SoftBank prennent le temps de faire un bilan et de se recentrer – pour l’instant – sur leur marché. Nous ne savons pas pour combien de temps. Le fonds américain Tiger à quant à lui annoncé sortir des investissements growth pour se recentrer sur les Series A & B.

5. L’aversion au risque des investisseurs institutionnels européens sera mise à rude épreuve. Les pays avec des caisses de retraites par capitalisation (ou pension funds) comme les États-Unis sont mieux placés pour rebondir et être moins affectés par les bouleversements économiques. Ils sont plus habitués que les européens à investir sur du long terme, au-delà de 20 ans, et plus accoutumés aux cycles tumultueux et incertains. Pour France Digitale, il est essentiel que les investisseurs institutionnels européens maintiennent leurs engagements et continuent à soutenir l’innovation.

 

Pourquoi la French Tech a toutes les qualités pour résister ?

62% de Français utilisent les innovations des startups au moins une fois par mois, et rien n’indique que les ventes ou l’utilisation soient en baisse. Bien au contraire, dans de nombreux cas passés les solutions tech ont été considérées comme “anti-crise” ou à minima synonyme de meilleures efficacité de coûts. 

Par ailleurs, la France peut désormais compter sur un écosystème solide de serial entrepreneurs et investisseurs ayant déjà connu les précédentes crisesSur le volet financier, les fonds ne sont pas en fin de cycle, ils continuent à investir et il y a encore de l’argent sur le marché. En complément, nous devrions voir émerger de cette période de nouveaux modèles de financement non dilutifs.  Pour finir, une accélération du M&A sur le non côté est prévisible (bien que les valorisations puissent être moindres) créant ainsi de nouvelles options de liquidités.

 

Signature : Board de France Digitale